Nous sommes ici à l'extrémité la plus septentrionale de l'Alsace près de la frontière allemande, là où la montagne et les collines tentent de s'assembler. La ville, dont le nom signifie "château blanc" et qui porte ce symbole dans ses armoiries, s'étale langoureusement sur plusieurs petits bras de la Lauter, qui vient s'y ramifier en sortant des Basses-Vosges. Elle constitue, en quelque sorte, la "Porte de France". Elle est bâtie au pied des collines boisées plantées de vignes. Des vergers, des houblons l'entourent, et aussi des restes de fortifications.
Elle vit de son arrière pays agricole où abondent les demeures à colombages blanchies à la chaux. Elle vit aussi de ses souvenirs, de son folklore, qui redevient vivant chaque année à la Pentecôte, avec les amoureux de la danse et des costumes anciens.
On peut s'y promener le long des quais en rêvant à Marie Lesczynca, qui vécut dans ces murs avant de devenir reine de France. Avec son cachet ancien, son caractère alsacien, la ville a constitué un excellent fond de décor pour le film tiré de L'Ami Fritz et les personnages de ce roman continuent de hanter les vieilles rues ou les bords de la Lauter.
La légende de Wissembourg
L'aventure commence au VIIè siècle avec la fondation d'une abbaye bénédictine à laquelle le roi Dagobert 1er va fournir un vaste domaine.
Au XIVè siècle, la cité est particulièrement florissante et elle rentre dans la Décapole. Elle subira de nombreux désastres militaires avant d'être réunie à la France, par le Traité de Westphalie, en 1648.
En 1720, Stanislas Leczinski, roi détrôné de Pologne, va se retirer momentanément à Wissembourg, dans un hôtel particulier, qui deviendra le Collège Stanislas et sert actuellement d'hôpital. C'est là que le duc d'Antin viendra un jour lui demander la main de sa fille, Marie Leczinska, pour Louis XV, roi de France, âgé de 16 ans. La ville qui, au Moyen-Age, avait été entourée de fortifications, en reçut de nouvelles en 1746. Elle était protégée aussi par des châteaux-forts, qui ont été détruits mais dont subsiste une tour. Elle eut beaucoup à souffrir pendant les guerres de la Révolution et au cours de la guerre de 1870...
Avec ses souvenirs, cette cité est pleine de charmes pour l'historien. Elle l'est aussi pour ceux qui aiment rêver en compagnie des personnages d'Erckmann-Chatrian, avec les héros de L'Ami Fritz. "Je ne puis me promener dans les rues de Wissembourg, disait Hansi, sans rencontrer les amis de Fritz Kobus, sans évoquer à chaque pas une scène, un décor du célèbre roman.
Voici sur le quai l'ancienne belle maison où les Kobus habitent depuis des générations ; voici Katel, la vieille cuisinière revenant du marché ; voici Fritz Kobus lui-même traversant la place pour aller à la brasserie où déjà l'attendent le grand Frédéric Schultz et le percepteur Hahn ; voici enfin dans cette étroite ruelle, courbé, appuyé sur sa canne, David Sichel, le chef couvert de son antique haut-de-forme. Et dans ce pays riant de près et de forêts, on n'ira pas loin sans trouver la ferme de Meisenthal où habitent Suzel et le père Christel et l'on a le choix parmi les villages des environs pour situer la fête pendant laquelle Kobus invita Suzel à danser la valse d'honneur..."