Il y a en Alsace trois grands trésors, la cathédrale de Strasbourg, le retable d'Issenheim de Colmar et la bibliothèque humaniste de Sélestat. Cette ville fut effectivement durant une époque un véritable centre de la culture alsacienne.
Elle le devait à un ensemble de circonstances historiques, aux artistes et aux intellectuels qu'elle avait su former. A sa position géographique sans doute aussi. Celle-ci d'ailleurs a continué de servir son développement. Sélestat se situe au coeur de la Moyenne Alsace, à proximité des voies de communication routières et ferroviaires en direction nord-sud. Un fait nouveau vient d'accroître encore cet avantage : le percement du tunnel routier de Sainte-Marie-aux-Mines qui ouvre la route vers les Vosges et Epinal.
Ses environs sont aussi pour elle un atout précieux. A l'est, le Ried et son biotope particulier, sa réserve de daims, sa merveilleuse faune.
Bien que la ville n'appartienne pas à la Route du Vin, elle en est assez proche pour servir de base de départ.
Une légende fait remonter la fondation de Sélestat à l'époque lointaine où des "géants" régentaient la région. Le plus fort d'entre eux aurait creusé à lui seul la vallée de Leberthal. Il précipitait dans la plaine les rocs énormes et les troncs d'arbre qu'il arrachait à la montagne. Puis, il se serait servi de ces matériaux pour bâtir un immense château à l'endroit même où se situe actuellement la ville. Pendant longtemps, on put voir sous la porte de l'hôpital un fragment de squelette, laissant supposer que l'ancien "propriétaire" de ces ossements avait une taille de vingt pieds au minimum. La population pensait que cette relique avait appartenu au géant Schetto, d'où serait venu le nom de la cité.
En fait, il s'agissait tout simplement des restes d'un fossile de saurien, qui avait été découvert près de l'Ill. La réalité est très différente. Les fouilles ont prouvé que la région de Sélestat fut habitée dès l'âge néolithique et les Celtes y apparaissent vers l'an 600 avant J.-C. Ils y étaient attirés par le sol fertile et l'agglomération qu'ils avaient formée fut très prospère sous l'occupation romaine. En l'an 406, les légions romaines quittent l'Alsace pour protéger l'Italie. L'année suivante, les Alamans traversent le Rhin. Sur les ruines calcinées de l'agglomération celto-romaine, ils bâtissent un village qu'ils appellent Sladistat. Ce mot vient de Slade qui signifie marécage et Stat (ou Statte) qui veut dire lieu : le lieu des marécages...
En l'an 775, Charlemagne, venant de Thionville, et se dirigeant vers l'Italie pour combattre les Sarrasins, passe à Sélestat et y reste plusieurs jours.
Dans la chapelle de la villa, sur l'emplacement de la future église paroissiale, il assiste aux fêtes de Noël "revêtu d'un surplis, en chape et en épée".
Son séjour prolongé prouve que la "villa" était vaste et bien aménagée, puisqu'elle pouvait abriter, même en hiver, le monarque ainsi que sa nombreuse suite de soldats et de fonctionnaires.
Au XIIIè siècle, sous Frédéric II, Sélestat est entourée de fortifications et devient ville impériale. A cette même époque y est inventé l'art de vernisser la poterie. Au XIVè siècle, c'est l'entrée dans la Décapole.
Au XVè et au XVIè siècles, Sélestat va connaître la gloire avec son école humaniste qui devient célèbre aux yeux de toute l'Europe. On appela à la tête de cette école latine les plus grands éducateurs, qui introduisirent les idées et les méthodes de l'humanisme rhénan puis italien.