"L'Alsace est une fête..." a écrit Emile Baas. C'est quand on se rend à Ribeauvillé que l'on comprend le véritable sens de cette phrase. Ici, les murailles, les rues, les vieilles demeures et leurs panneaux sculptés sont toujours en fête.
L'impressionnante tour des Bouchers, les églises et les fontaines continuent de chanter le génie médiéval ou les gloires de la Renaissance. Ribeauvillé n'attend pas la fête des Ménétriers pour accueillir ses hôtes avec un sourire enjôleur.
Car ribeauvillé est une ville ancienne. Elle est mentionnée pour la première fois dans un document officiel le 25 juillet 768, sous le nom "Ratbaldovillare". Il est admis que cette dénomination signifie "villa de Ratbold". Ratbold signifie en allemand "der Kühne des Rates" (le plus hardi du conseil).
Successivement terre du duché d'Alsace, des comtes d'Eguisheim, de l'empereur et des évêques de Bâleenfin des comtes de Ribeaupierre qui resteront les souverains de ce terroir jusqu'à la Révolution. Au Moyen-Age, les seigneurs de Ribeaupierre exerçaient leur souveraineté non seulement sur les grandes choses, mais aussi sur les petites.
Comme par exemple sur la confrérie des musiciens ambulants, qui se retrouvaient toujours fidèlement à Ribeauvillé, chaque année, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge.
La légende de Ribeauvillé
la légende de Ribeauvillé: C'était un jour de la Saint-Jean. Un pauvre homme, entouré de sa femme et de ses enfants tout en pleurs, se lamentait au bord de la route. Vint à passer le sire de Ribeaupierre. - Pourquoi pleures-tu, mon brave homme ? - Parce que j'ai cassé mon fifre qui était mon seul gagne-pain! Alors le sire sortit une bourse pleine d'or, la jeta à l'homme en lui disant : - Je n'aime pas qu'on pleure sur mes terres. Achète un autre fifre et viens donc me voir là-haut, un jour. Tu feras danser la jeunesse! Voilà la famille du joueur de fifre à ses pieds. Mais ce sire de Ribeaupierre était un rude soldat et il n'aimait pas trop les attendrissements. Il s'éloigna et le lendemain il avait oublié le joueur de fifre et, ce qui est mieux, sa générosité pour le brave homme et sa famille.
Quelques jours plus tard, on vint lui dire qu'un immense et très étrange cortège s'acheminait vers le château. Le sire se rendit sur la terrasse et qu'aperçut-il? Des joueurs de fifre qui sifflent une marche guerrière, des frappeurs de tambours dignes des plus belles troupes, des souffleurs de trompettes, et des hommes-orchestre et des chanteurs de romances, et des montreurs de bêtes accompagnés de messieurs les ours, qui montent vers le "Haut-Ribeaupierre" en dodelinant poliment de la tête; et des chiens qui marchent sur les pattes de derrière pour se faire remarquer, et des chats qui tapent de la cymbale; et des singes pomponnés comme de jolies dames, avec des rubans multicolores passés dans la crinière; et des perroquets qui parlent comme père et mère; et combien d'autres curiosités aimables.
Tout ce beau monde entre dans la cour, pénètre dans les appartements du sire, charmé de se distraire un peu.
L'un des ménétriers s'avança, porteur d'une couronne et d'un fifre d'or. - Comte de Ribeaupierre, dit-il, tu m'as aidé quand j'avais perdu mon seul bien. Tu as oublié combien tu fus généreux. Moi, je ne l'ai pas oublié. Ce que tu as fait pour un seul, tous viennent t'en remercier. Dorénavant, tu es notre roi! C'est donc de ce jour que les sires de Ribeaupierre furent les rois des fifres et des ménétriers, et, tous les ans, les ménétriers revinrent donner une aubade à celui dont ils étaient officiellement les vassaux. Ils portaient aussi une couronne de fleurs Notre-Dame de Dusenbach, qui était leur patronne.
Le "jour des Ménétriers" est encore aujourd'hui la fête officielle de la ville de Ribeauvillé. Ce jour-là ont lieu d'importants concerts. Ce texte est extrait d'un récit d'André Waltz (1909)