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Louis XIV a passé plusieurs jours dans cette cité accueillante et c'est au collège des jésuites qu'il fut solennellement reçu. Goethe a raconté dans ses mémoires la visite qu'il fit à Molsheim, en 1770, c'est-à-dire à l'époque où, étudiant à Strasbourg, il se familiarisait avec la civilisation française... Ces deux faits, pris parmi tant d'autres, laissent deviner facilement que Molsheim avait bien des raisons d'attirer les personnages illustres.

Effectivement, ce centre touristique, très fréquenté en raison de ses nombreux souvenirs historiques, archéologiques, architecturaux, fut, après la Réforme, un haut-lieu de la culture et l'on n'a pas hésité à qualifier cette période de "grand siècle". Molsheim est une ville bien connue des fans d'automobiles anciennes puisque la ville abrita les légendaires ateliers-usines d'Ettore Bugatti.

Les anciens se rappellent encore ces voitures légendaires qui firent leurs premiers tours de roues dans la ville pavée et sur les chemins alentours.

Aujourd'hui, Molsheim nous offre toujours le charme de ses vieilles pierres et les remparts qui l'enserrent encore partiellement rappellent les luttes héroïques des temps médiévaux.



Ses ruelles tortueuses permettent de retrouver des vestiges importants d'un passé glorieux. Mais il ne fait pas oublier que la localité appartient à le Route du Vin


Elle est située au pied d'une colline sous-vosgienne (vingt kilomètres environ à l'ouets de Strasbourg), là où les vignobles prospèrent avec une rigueur toute particulière. Deux crus ont contribué à sa célébrité viticole : le Brudertal et le Finkenberger (propriété des Chartreux). Les plaisirs terrestres, l'émotion religieuse, toutes les valeurs de l'art se rejoignent ici en un fascinant allegro.



La légende de Molsheim

La Légende de Molsheim Cette cité, qui ouvre la vallée de la Bruche et fut longtemps un centre spirituel, a vu naître un de nos contemporains, Camille Schneider, qui fut l'instigateur de la fête des Mères. Cet écrivain alsacien, à la plume si délicate, au regard si fervent et qui assuma longtemps, avec beaucoup de charme, la présidence de l'Académie d'Alsace, est mort en 1978. Il a illustré sa ville natale par la parole et par l'écrit. Avec quel art, il savait la faire découvrir sur place à ses amis... D'après certains historiens, le nom de Molsheim serait dérivé du latin mola (c'est-à-dire meule ou moulin).

Un moulin, situé près d'Avolsheim, au nord, aurait donné le nom à la ville. La roue qui figure dans ses armoiries semblerait confirmer cette opinion. Mais la roue des armoiries est une roue de torture, qui représente, enchaîné aux rayons, saint Georges, patron martyr de la ville. Ceci semble s'opposer à la simple explication par le moulin. D'autant plus que, selon un historien, le mot de Mollesheim proviendrait du vocabulaire ligurien. Cette seconde conception implique une origine très ancienne de la localité. Et si le nom de Mollesheim n'est mentionné qu'en l'an 820, il convient d'admettre cependant une origine celte et romaine. Des fouilles, faites le long de la voie celtique, puis romaine, en font foi.

Mais c'est sous Charlemagne et ses successeurs que la ville entre et s'intègre dans l'histoire. En même temps s'engage une lutte tenace entre les princes-évêques de Strasbourg et les empereurs pour la domination de la ville. Cette lutte se termine en 1303, en faveur des évêques. Mais l'évêque Jean de Dirpheim s'empresse de fortifier sa ville par l'achèvement du mur d'enceinte, en 1324, et d'un château fort à l'intérieur. Il reste aujourd'hui une grande partie de l'enceinte, ainsi qu'une porte, la "Tour des Forgerons".

A la suite du ravage causé par la peste noire, cet évêque fonda un hôpital et le dota richement de terres et de revenus.Le gisant de ce prélat se trouve à l'église paroissiale. La grande période de Molsheim se situe à la charnière du XVIè et du XVIIè siècle. L'histoire de la cité s'enrichit de pages extraordinaires à partir du moment où la ville de Strasbourg adhère à la Réforme. Cette époque a été particulièrement bien analysée par Francis Rapp, professeur à l'Université de Strasbourg, et c'est à lui que nous empruntons maintenant ces quelques réflexions. Au temps de la Réforme et après le Concile de Trente, les catholiques, qui dirigent la Contre-Réforme, sont obligés de quitter la capitale rhénane. Ils s'établissent à Saverne, mais un autre centre est bientôt créé à Molsheim. Cette ville, au XVIIè siècle, pourra écrire M. Chatellier, "c'est un peu Annecy au temps de saint François de Sales face à la Genève luthérienne des bords de l'Ill". Elle allait, en effet, accueillir la plupart des institutions destinées à la lutte religieuse et à la direction spirituelle du diocèse. Elle offrait d'ailleurs un cadre approprié ainsi qu'une richesse, manifestée aujourd'hui encore par les importants vestiges archéologiques. Son enceinte fortifiée offrait une sécurité relative.




De plus, la sitation géographique de Molsheim comportait des avantages auxquels les évêques ne furent pas insensibles. L'endroit était proche de Saverne. Au débouché du Val de Bruche, il permettait de surveiller les biens épiscopaux qui s'y trouvaient. De plus, sur les routes menant soit à Benfeld, soit à Dambach, il était possible de faire halte à Molsheim, dont le climat passait pour très sain, ce qui n'était pas un élément négligeable à l'époque où la crainte des épidémies hantait tous les esprits.

Enfin, l'existence de bâtiments sans emploi dispensait d'en construire immédiatement de nouveaux. L'hôpital, réalisé au début du XIVè siècle, était désert. Ses locaux pouvaient être affectés à des agents de la Contre-Réforme. Au total, Molsheim était bien placé pour devenir le second foyer de l'organisme bipolaire que fut, à partir des années 1570-1580, l'évéché de Strasbourg, chassé de son siège séculaire. Dès lors, Molsheim devint vraiment un centre culturel d'une grande vitalité. La ville accueille les jésuites en 1580, puis les chartreux dont le couvent de Koenigshoffen avait été détruit.

Les jésuites, pleins de projets, vont organiser une sorte de "galaxie scolaire" qui occupera 70 religieux. On peut deviner facilement le bouillonnement intellectuel et spirituel qui va régner sur ces lieux : théâtre, méthodes pédagogiques nouvelles, fondation d'une académie, d'une université, construction de 1615 à 1617 d'une église, dont l'élégance des formes continue de nous charmer. Tout cela était beau comme un rêve, mais bien réel. Il n'est donc pas étonnant que Louis XIV soit venu, en 1683, prendre contact avec ce monde vivant de la pensée et de l'art. "Cette résurrection fut passagère, écrit Francis Rapp, mais de son grand siècle, Molsheim garde un héritage dont la ville connaît le prix..." Molsheim fut aussi une ville d'éditeurs et d'imprimeurs. En même temps qu'il fondait l'université des jésuites, l'archiduc Léopold d'Autriche, évêque de Strasbourg, établit dans la ville un imprimerie dirigée par Jean Hartmann. Celle-ci imprima, en particulier, une drescription de la nouvelle église et le trilogie des pièces de théâtre (sur Charlemagne) jouées en plein air...

La guerre de Trente Ans ruine cette inprimerie. Mais celle-ci est rétablie en 1650 et confiée à Jean-Henri Straubhaar, avec le titre d'imprimeur de l'évéché. Cet établissement sera ensuite confié à Georges-André Dollhopff qui le garda, ainsi que sa charge, jusqu'en 1695. Son successeur, en 1705, Michel Storck, céda l'imprimerie à Jean-François Leroux, premier de la lignée, et le titre d'imprimeur de l'évéché resta attaché à cette firme durant plus de deux siècles, jusqu'à sa disparition.


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